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Putting An End To ‘Stale Debates’: Obama And The CIA In The Americas

May 4, 2009

Putting An End To ‘Stale Debates’: Obama And The CIA In The Americas

Also published at: http://buzzflash.net/story.php?id=1013521

En Français: Le 18 avril, Barack Obama a participé au Sommet des Amériques à Trinidad-et-Tobago, où il a annoncé que les États-Unis cherchent un “partenariat égalitaire” avec toutes les nations des Amériques. En dépit de ce grand geste, il a précisé que le continent ne peut pas être un prisonnier des désaccords du passé, ou de la “culpabilité pour les paramilitaires de l’extrême-droite et insurgés de l’extrême gauche”, rajoutant également que l’Amérique latine ne devrait pas blâmer tous leurs problèmes sur les États-Unis. Dans ce contexte, malgré les études critiques sur les crimes de guerre figurant dans le passé récent des États-Unis, le ton modéré d’Obama sur la problématique de l’histoire de l’hémisphère semble une tentative de balayer ce passé sous le tapis. En d’autres termes, comment pourraient-ils avancer ensemble les peuples des Amériques sans la reconnaissance des crimes du passé et leurs racines dans l’idéologie colonialiste et réactionnaire?

Un livre publié récemment en France, intitulé “L’Ennemi Intérieur” par Mathieu Rigouste s’intéresse à l’origine de la stratégie anti-insurrectionnelle au 20ème siècle, retraçant son histoire dans l’organisation militaire des “démocraties” occidentales. A partir des guerres coloniales à la fin de l’empire français en Indochine (1947-1954) et de l’Algérie (1954-1962), Rigouste examine le développement de certaines pratiques d’une violence extrême de l’État, qui sont devenues de plus en plus utilisées après la Seconde Guerre Mondiale, notamment la stratégie de l’armée française connue sous le nom «guerre contre-révolutionnaire” pour contenir et réprimer brutalement les mouvements de résistance anti-coloniaux.  Avec l’usage des escadrons de la mort, de la torture systématique, de l’internement des «suspects» dans des camps de concentration, des enlèvements, des disparitions, de la manipulation de la violence des opposants, de la désinformation et la guerre psychologique, ces tactiques sont en cours d’utilisation par les puissances occidentales dans le contexte de la “guerre non-conventionnelle” de la seconde guerre et occupation de l’Irak au présent (et donc la projection au Pentagone en 2003 du film de Gillo Pontecorvo, La Bataille d’Alger, dont ils l’appellent une “illustration utile des problèmes rencontrés en Irak”).  Bien que cette politique ait existé sur les marges de la politique officielle au début, l’utilisation de ces tactiques en Indochine et en Algérie a systèmatiquement augmenté en proportion à la nécessité de contrecarrer la résistance croissante contre le pouvoir colonial dans ses territoires.  À la fin de la guerre en Indochine, les Français ont commencé à exporter ces tactiques aux États-Unis, en Israël, ainsi qu’en Amérique latine.

‘”L’ennemi existe au sein de la population comme un poisson dans l’eau.” Ces paroles de Mao Zedong décrit le combattant de la résistance au « tiers monde » à la suite de la Seconde Guerre Mondiale. Bien que les armées occidentales rayonnent leur présence officieuse où qu’ils aillent, la résistance se camoufle parmi la population locale, constituant une partie de l’ensemble, un fait qui a conduit leurs oppresseurs coloniaux à situer des peuples entiers dans la catégorie des “combattants insurgés.”  Ce nouveau paradigme dans lequel des populations entières ont été classées comme des « combattants ennemis » a nécessité un nouveau type de guerre prolongée en fonction de la capacité de l’agresseur à démanteler les réseaux des «insurgés» ou des «terroristes», avec l’utilisation de tactiques illégales et une présence militaire dans les zones civiles. Une stratégie contre-insurrectionnelle était donc la politique étrangère du «monde libre» pendant la guerre froide à cause du fait que les peuples colonisés – qui représentaient plus de 3/4 de la population mondiale – ont été considérés comme le point de prolifération de la menace communiste dont il était nécessaire de neutraliser. En d’autres termes, tous les citoyens non-blancs, non-chrétiens de l’empire colonial français ont été jugées sensibles à l’infiltration par la résistance anti-coloniale et communiste ; cette menace de «l’encerclement soviétique» du «monde libre» était donc un prétexte pour utiliser “tous les moyens nécessaires.”

En développement au même moment de cette théorie de la lutte anti-coloniale contre la «menace communiste» était le concept de “l’équipe de choc” anti-insurrectionnelle dont la CIA a créé sa première au début des années 1950 sur l’intelligence acquise par les Français. Cette organisation secrète au sein d’une organisation secrète a eu sa première occasion de tester ses compétences sur le président démocratiquement élu du Guatemala, Jacobo Arbenz.  Un pays extrêmement pauvre à cause d’une répartition inégale des richesses et des ressources surtout parmi la majorité indienne, Arbenz a entrepris un projet de réforme agraire qui visait à priver ‘United Fruit’ de 84.000 hectares, soit environ 1/3 de ses terres au Guatemala. En conséquence, «l’équipe de choc» de la CIA, sous la direction de John Foster Dulles – un actionnaire de l’United Fruit – a organisé une armée mercenaire sous le nom de code PB / Success qui a envahi le pays du Nicaragua et du Honduras pour renverser Arbenz en Juin 1954.  Arbenz a affirmé bientôt après que, “notre seul délit a été de nous donner nos propres lois, notre crime a été de les appliquer à l’United Fruit.” Après le renversement du président iranien Mohammed Mossadegh suite à sa décision de nationaliser les ressources pétrolières iraniennes, PB/Success a acquis une réputation d’invincibilité dans la CIA, alors le président Dwight D. Eisenhower leur a donné le feu vert pour attaquer Cuba. Toutefois, la tentative de la baie des Cochons en avril 1961 a échoué et la démission de Dulles a suivi. Néanmoins, Miami est devenu l’épicentre de la plus grande opération de paramilitaires dans le monde peu de temps après avec l’aide du général Edward Lansdale, qui a travaillé avec les services secrets français pendant la guerre coloniale en Indochine.  Un autre acteur dans ce groupe fut Porter Goss, le futur chef de la CIA suite à la “Loi sur la prévention du terrorisme” en 2004, co-fondateur de la Patriot Act, et co-président de la Commission d’Enquête sur l’Intelligence du 11 septembre.

 A la suite de la crise des missiles de Cuba en Octobre 1962, la stratégie anti-insurrectionnelle a commencé à prendre une forme plus officielle avec la création de l’École des Amériques dans la zone du canal de Panama, et la formation de 300 membres de l’attaque échouée de la baie des Cochons dans la “guerre contre-révolutionnaire” dans les installations militaires à Fort Benning, GA, Fort Mayers, FL, et Fort Peary, VA.  Ce groupe a par conséquent été expédié au Congo Belge où ils ont fourni des armes au futur dictateur Joseph-Désiré Mobutu, et ont tenté de chasser Che Guevara et son groupe de révolutionnaires en utilisant des avions d’Air America, une société de la CIA.  Deux ans plus tard, en Mars 1964, la CIA a été impliquée dans le renversement du gouvernement démocratiquement élu du Brésil, avec l’aide d’experts français de la guerre d’Algérie, déclenchant une série de coups d’états dans la région.  Ces gouvernements autoritaires et fascistes ont systématiquement utilisé de la torture, des enlèvements, et des disparitions pour réprimer l’opposition politique.

Les liens entre l’école française et l’école américaine ont toutefois été mis au point durant la guerre du Vietnam pendant laquelle les États-Unis ont développé ses tactiques de “guerre contre-révolutionnaire” à travers le financement du trafic de l’opium au Laos et en Birmanie (de nouveau avec l’utilisation des avions d’Air America). Et là encore, on trouve souvent les mêmes personnages qu’à la baie des Cochons, dont John Negroponte, futur ambassadeur au Honduras, sous-secrétaire d’État, premier directeur du renseignement national, et ambassadeur à l’Irak à partir de Juin 2004 jusqu’en avril 2005 ; et Oliver North, qui fut ensuite impliqué dans le scandale “Iran-Contras.”

En 1970, avec l’élection de Salvador Allende au Chili, Nixon a donné l’ordre à la CIA d’empêcher sa prise de fonctions. L’attaque a échoué mais a tué le général René Schneider, fidèle à Allende, en laissant Augusto Pinochet à diriger l’armée. Le reste de cette histoire est bien connue, et les États-Unis sont devenus de plus en plus impétueux dans l’hémisphère après ces grands succès. «En effet, la CIA est devenue la main droite de l’Amérique impérialiste, les intérêts économiques, qui sert à créer des situations de violence dans lesquelles les États-Unis pourraient plus facilement forcer ses désirs néo-coloniaux sur la population de la région (une idée illustrée par “La Doctrine de Choc” de Naomi Klein). De plus, la CIA, à la suite de la tentative de renversement d’Allende en 1973, cible des avions civils cubains au Venezuela, ainsi que d’anciens membres du cabinet d’Allende.  D’autres activités contre-insurrectionnelles de la CIA comprennent la guerre des paramilitaires en Amérique centrale dans les années 1980 qui a tué des dizaines de milliers de Nicaraguayens et El Salvadoriens dans un combat contre les “insurgés de gauche” – comme il les appelle Obama – qui a duré presque toute la décennie des années 1980. Après que le Congrès a déclaré illégal la totalité de l’aide aux contras en 1984, l’administration Reagan (George HW Bush étant Vice President) a continué à canaliser l’argent aux Contras par la vente d’armes à l’Iran. Toutes les parties concernées ont donc été absous de leurs crimes, lorsque Bush 1er occupe la présidence en 1989.

Grâce à cette trajectoire historique en arrière-plan, il est facile de comprendre comment les gens de l’hémisphère occidentale ont du mal à croire les États-Unis sur parole. Les commentaires d’Obama sur la nécessité d’aller en avant et d’oublier le passé et ses “débats gâtés” obscurcissent l’injustice historique imposée sur les pays les «plus faibles», et légitiment la politique étrangère américaine du “droit de la force” qui a gracié des criminels de guerre et a laissé l’hémisphère dans son état désastreux actuel.

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